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23
nov

Le monopole de la violence légitime doit revenir à la démocratie

par Théophane Le Méné

Il y a bien eu quelques débats, quelques échanges enlevés, de nombreux amendements. Pour autant, la prorogation de l’état d’urgence pour une durée de trois mois a été adoptée à la quasi-unanimité par l’Assemblée nationale. Dans un contexte pour le moins anxiogène, où chacun prend la mesure des risques qui pèsent désormais les individus, les députés se sont rangés au sentiment général qui prédomine actuellement : une sécurité maximale fut-ce au prix d’une tempérance à notre intransigeance légale, morale, pour ne pas dire droit-de-l’hommiste. Certes, ils sont quelques-uns à mettre en garde contre les abus que ce dispositif exceptionnel pourrait engendrer et l’on peut concevoir qu’ils sont dans leur rôle. Mais ils sont aussi beaucoup à brandir le droit comme une barrière à toutes les solutions qu’exige une situation telle que celle-ci. Si l’on caricature un tant soit peu ce que ces gardiens du temple professent, il faudrait préserver le droit de tous – par extension celui des terroristes – pour ne pas blesser notre système démocratique. Mais par quel tour de force se permettent-ils de statuer sur l’invariabilité du droit qui n’est finalement que ce que l’expression de la souveraineté populaire décide qu’il soit ?

On pourrait disserter longtemps sur la philosophie du droit et ses ressorts, en appeler aux mandarins et aux grands prêtres qui ne se privent jamais, d’ailleurs, d’user de toute leur imagination pour faire dire ce qu’ils veulent aux règles de notre système juridique. La réalité, c’est que la plupart de nos concitoyens sont disposés à céder, comme le contrat social les y oblige déjà, une parcelle de souveraineté supplémentaire à l’Etat pour une meilleure protection. La réalité, c’est que la possibilité de restreindre la circulation des personnes et des véhicules, la possibilité d’instaurer un couvre-feu, la possibilité d’établir des périmètres de protection autour des bâtiments publics et d’édifices privés, la possibilité d’interdire de séjour, la possibilité de procéder à des réquisitions de personnes ou de biens, la possibilité d’ordonner la fermeture provisoire de divers lieux de réunion, la possibilité d’interdire toute manifestation sont largement préférables aux tragiques évènements qui se sont imposés à Paris la semaine dernière. La réalité, c’est encore et d’ailleurs que ces restrictions temporaires de liberté ne privent en tout état de cause que ceux qui se moquent allègrement du contrat social.

Depuis trop longtemps, notre démocratie se drape dans un angélisme coupable. Sous les vocables du droit, de la tolérance, de l’anticipation extrême de l’amalgame, nous avons laissé entendre que nous laisserions tout passer. Nous avons perdu toute notion du politique, c’est-à-dire du monopole de la violence légitime. Et d’autres se la sont appropriés. Lorsqu’un Premier ministre de la France explique qu’il va falloir s’habituer au terrorisme, on se demande dans quelle mesure il n’en fait pas l’apologie. Et l’on préfère, fut-ce au prix de quelques entorses à l’Etat de droit, un président de la Russie qui affirme sans demi-mesure qu’il ira « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». Lorsque l’on réalise que, depuis une semaine déjà, des centaines de perquisitions ont permis la saisie de milliers d’armes et l’arrestation d’individus prêts à en découdre, on est en droit de douter de la légitimité de la règle qui n’avait pas autorisé cela jusqu’à maintenant. Lorsque l’on constate que la conjonction d’un traité européen et d’un mouvement migratoire d’une ampleur sans précédent facilite la progression d’une organisation terroriste, on s’interroge sur ce qui nous a interdit jusqu’à maintenant d’en parler.

Certes, l’Etat sécuritaire pose la question des limites de la démocratie. Mais en même temps l’Etat démocratique tel qu’entendu en France pose la question des limites de la sécurité. Et comme la plus grande justice est aussi la plus grande injustice, à la plus absolue des démocraties peut aussi se substituer un absolutisme. Car quel est le sens d’un régime où la liberté individuelle serait érigée en principe tel qu’il se laisserait annihiler par l’usage immodéré de la liberté de certains ? Avons-nous-perdu à ce point le sens de ce qui fait que chacun n’est plus un loup pour l’autre ? Que l’on en vienne à se poser la question aujourd’hui a de quoi inquiéter. Il reste à espérer que ces attentats ignobles fassent retourner la violence là où elle aurait toujours du rester, là où elle est seulement légitime : dans les mains de l’Etat.

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