Retrouvez les coulisses de ZigZag sur logo FB

Accueil > Débat > Cette presse qui n’a plus bonne presse

13
oct

Cette presse qui n’a plus bonne presse

par theophane le Méné

Cette presse qui n’a plus bonne presse

Nous les voyons comme un élément essentiel de la démocratie en même temps que nous les conspuons comme un quatrième pouvoir. Ceux qui y travaillent sont ou bien les hérauts de la liberté d’expression, ou bien les chiens de garde que l’on voudrait abattre. Plus une manifestation sur quelque sujet que ce soit où ils ne soient pas pris à partie, plus un fait dont on ne remette en question la véracité, plus un débat où l’on n’accusera nécessairement le journaliste de partialité. Décidément, les media n’ont pas bonne presse par les temps qui courent et il en faudrait peu pour qu’on leur impute désormais la responsabilité des tragédies qu’ils rapportent.

C’est que dans une société du spectacle qui s’affirme chaque jour de plus en plus, les chaines d’information se sont mise à fonctionner sur le mode de la téléréalité en faisant interagir le spectaculaire, le spécialisme, le voyeurisme, l’indécence et le public. Nous ne laissons plus le temps au temps. Nous nous passons des réserves et de la décence qu’exigent les tragédies contemporaines. Nous occultons les prémisses pour en venir à des conclusions sans substances qui s’escaladent autant qu’elles divergent, pour le bénéfice d’informations qui n’en sont pas et que le futur viendra infirmer. Et nous laissons ainsi un boulevard sur la toile aux partisans de la théorie du complot qui se gargarisent d’affirmations alternatives, péremptoires, posées par des illuminés persuadés de l’existence d’un grand marionnettiste.

Chaque événement, à plus forte raison lorsqu’il est tragique, invite chacun à composer sa partition de la vérité et à échafauder les scénarios les plus plausibles. Les journalistes arbitrent sans oublier d’émettre quelques opinions qui les placeront dans l’empire du Bien, les politiques se signalent car le casting ne saurait se passer d’eux, les savants pérorent l’air grave et les téléspectateurs livrent leur version des catastrophes, le tout dans une iségorie parfaite qui laisse songeur. La tragédie devient une représentation qui ne semble vouloir n’en venir à rien d’autre qu’à elle-même, représentation exploitée par les chaînes d’informations où la guerre de concurrence fait rage et où la qualité de l’information se réduit à un appendice obsolète face à la course à l’audimat. Un phénomène que le sociologue Alain Accardo confirme : « La logique du marché est constamment présente dans le fonctionnement du champ journalistique, mais de façon médiate et euphémisée le plus souvent, par exemple à travers les consignes et le style de travail imposés par des directions elles-mêmes expertes dans l’art de traduire et transfigurer, sans effort et sans calcul explicite, les impératifs économiques en règles techniques et morales spécifiques de la pratique professionnelle. » Médias et politiques, même discrédit ? Il faut revoir à ce sujet Les Nouveaux Chiens de garde, un film documentaire réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, libre adaptation au cinéma de l’essai du même nom de Serge Halimi. On y dénonce une classe dominante, socialement et politiquement homogène, faisant la promotion d’une pensée unique (celle du « capitalisme triomphant ») et usant de « leviers corrupteurs » pour asseoir son pouvoir. L’estocade est fulgurante.

Faut-il pour autant se résoudre à ce constat malheureux ? Assurément non. Aux mauvaises presses succèdent de bonnes presses. Une certaine conscience est en train de naître chez beaucoup. La décentralisation des communications fait émerger de nouvelles voix, soucieuses du droit de savoir et de la nécessité de l’indépendance journalistique. « Un journaliste en possession de faits est un réformateur plus efficace qu’un éditorialiste qui se contente de tonitruer en chaire, aussi éloquent soit-il », disait l’Américain Robert Park, ancien journaliste devenu par la suite sociologue. « Ce sont les informations plutôt que les commentaires qui font l’opinion », insistait-il, ajoutant : « Il ne peut y avoir d’opinion publique sur aucune action politique si la population ne sait pas ce qui se passe, ne serait-ce que dans les grandes lignes. »

1
  commentaire

Array
(
    [titre] => Cette presse qui n’a plus bonne presse
    [texte] => 
    [nom_site] => 
    [url_site] => http://
    [modere] =>  
    [table] => 
    [config] => Array
        (
            [afficher_barre] =>  
        )

    [_hidden] => 
    [cle_ajouter_document] => 
    [formats_documents_forum] => Array
        (
        )

    [ajouter_document] => 
    [nobot] => 
    [ajouter_groupe] => 
    [ajouter_mot] => Array
        (
            [0] => 
        )

    [id_forum] => 0
    [_sign] => 234_234_article_
    [_autosave_id] => Array
        (
            [id_article] => 234
            [id_objet] => 234
            [objet] => article
            [id_forum] => 
        )

    [_pipelines] => Array
        (
            [formulaire_fond] => Array
                (
                    [form] => forum
                    [args] => Array
                        (
                            [0] => article
                            [1] => 234
                            [2] => 0
                            [3] => 
                            [4] => 
                            [5] => 
                            [6] => 
                        )

                    [je_suis_poste] => 
                )

        )

    [formulaire_args] => fQyi3QDZdoyz2/B0e7KwMLVOHfgItH2hlVONA+b0QcjCKIz6huFCDI6dkRLBZmlHC1/afCd1eG8gXikVqMH7eGFBFln0XwR922mAK7D31Qv/3LimkAbvz+ls8hDTzqsg8lYXw1d0kkZPmI7K
    [erreurs] => Array
        (
        )

    [action] => /spip.php?article234&lang=fr
    [form] => forum
    [id] => new
    [editable] =>  
    [lang] => fr
    [date] => 2017-10-22 19:15:22
    [date_default] => 1
    [date_redac] => 2017-10-22 19:15:22
    [date_redac_default] => 1
)

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.