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jun

Ces Messagers, symboles de transmission

par François-Xavier Bellamy

François-Xavier Bellamy est Normalien et agrégé de philosophie, il enseigne en classe préparatoire. Il est également l’auteur de « Les Déshérités, ou l’urgence de transmettre » (Plon).

Théophane Le Méné : Il y a quelques décennies, on parlait de fin de l’histoire. Aujourd’hui, on berce dans la politique du progrès et on a le sentiment que tout ce qui est passé est au moins caduc, sinon archaïque et réactionnaire. Comment le combat pour la transmission peut s’inscrire dans cette dialectique post-moderne ?
Français-Xavier Bellamy : En montrant combien il n’est pas de progrès authentique qui ne tire sa substance, la condition même de sa possibilité, d’une histoire et d’un héritage. Il serait bien sûr vain de défendre une tradition qu’il faudrait répéter indéfiniment, dans un mimétisme stérile et désespérant ; mais tout aussi absurde, l’attitude qui consisterait à promouvoir l’oubli et l’ignorance comme causes d’un illusoire progrès. Sur la tabula rasa de la déconstruction, aucun progrès ne trouvera jamais de quoi se fonder. Il faut donc en effet sortir de cette dialectique mortifère qui oppose l’héritage à la création, et la reconnaissance envers l’histoire à la liberté de l’avenir.

T.LM : « Il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » clamait, à l’occasion de la rentrée 2013, le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, tandis qu’il annonçait la mise en place de cours de morale laïque destinés à se substituer aux marchands de valeurs. Comment faire en sorte que la puissance publique n’usurpe pas les droits de la conscience, sous prétexte de l’éclairer ou de la conduire ?
FX.B : Ce qui éclaire vraiment la conscience, c’est la connaissance. Car la culture « humanise » l’homme, et ainsi le rend meilleur, en même temps qu’elle augmente sa liberté véritable. La fascination de nos politiques pour la « morale laïque » correspond au fantasme d’un formatage qui, de toutes les façons, ne peut pas réussir. Ceux qui imaginent que l’on peut « arracher » l’enfant à un déterminisme quelconque en le remplaçant par un autre déterminisme, tout aussi arbitraire et contingent, manifestent une passion coercitive qui ne résistera pas un instant à l’épreuve du réel. Seule la connaissance – du temps et de l’espace, de la vie et de la matière, de la pensée qui nous a précédés, de la civilisation qui a forgé notre pays – peut enraciner chez chaque jeune le sens de sa responsabilité éthique. Voilà comment l’école peut accompagner, sans la violer, la conscience de chaque personne, et contribuer à préparer en même temps une société vraiment vivable, et vraiment humaine.

T.LM : Admettons que tout le monde soit d’accord sur la nécessité de transmettre. La véritable difficulté est alors de savoir ce qu’il faut transmettre. On assiste à la disparition du latin et du grec, à l’apparition de la théorie du genre, à l’éducation religieuse. La victoire du relativisme, c’est aussi cela : Qui peut décider de ce qu’il faut transmettre et en vertu de quoi ?
FX.B : Il me semble que, si tout le monde était vraiment d’accord sur cette nécessité de transmettre, nous ne trouverions pas tant de difficultés dans cette question. Le relativisme produit la déconstruction de la culture, et non une culture alternative. Le concept de genre, par exemple, est une dénonciation de la culture – de la langue, de la littérature, des structures de civilisation... Il ne propose rien à transmettre en concurrence de tout cela : il propose seulement de déconstruire au lieu d’enseigner, d’exercer l’esprit critique au lieu de la mémoire qui reçoit – comme si on pouvait opposer les deux ! Si nous reconnaissions qu’il n’y a pas de liberté, ni même d’esprit critique, y compris envers un héritage culturel, qui ne naisse d’abord de cet héritage, nous trouverions dans notre culture tant de trésors à transmettre qu’il ne nous resterait plus que l’embarras du choix pour les offrir aux générations qui nous suivent...

T.LM : On connaît le débat entre les partisans d’une instruction publique et ceux d’une éducation nationale. Dans laquelle de ces deux logiques la transmission est-elle à même de se faire le plus efficacement ?
FX.B : Là encore, il faut dépasser les contradictions qui piègent notre analyse : l’école peut éduquer, c’est certain ; elle peut faire grandir l’homme dans l’enfant qui lui est confié. Mais c’est par le savoir qu’elle diffuse qu’elle peut contribuer à cette mission. Un enseignant peut éduquer, en instruisant et parce qu’il instruit.

T.LM : Pas de transmission sans pédagogie. La pédagogie doit-elle aussi s’adapter à l’évolution de la société ?
FX.B : Bien sûr ; la pédagogie, c’est cette adaptation permanente du savoir au contexte dans lequel il est transmis, et rien d’autres... Cela étant posé, reste à savoir ce qu’est une pédagogie réellement adaptée à la société contemporaine. A mon sens, ce n’est pas celle qui verra l’école imiter les mutations du monde extérieur. Par exemple, je crois que l’école préparerait le mieux possible les enfants à notre univers numérique, en leur permettant de grandir dans une vraie autonomie par rapport à ces nouveaux outils. L’école la plus moderne est sans doute celle qui serait pour ses élèves un lieu de silence numérique, où, à distance des écrans, ils pourraient prendre le temps de s’approprier la culture qui leur permettra ensuite d’en être les maîtres, et non les esclaves.

T.LM : A réclamer un égalitarisme parfait, nos politiques ont, d’une certaine façon, promu un nivellement par le bas dont personne ne se félicite. Transmettre à tous et dans une logique d’ambition et d’exigence, une gageure ?
FX.B : Nos politiques ont construit le système scolaire qui est devenu le plus inégalitaire de tous les pays de l’OCDE... (enquête PISA 2013) Au nom de tous les enfants de milieux défavorisés que notre échec collectif condamne, je refuse que l’on décrive notre système scolaire comme égalitariste ! L’égalité est un principe essentiel, que nous ne devons pas abandonner au motif qu’il sert de prétexte à un nivellement effectivement atterrant, qui ne profite en fait qu’aux rescapés que sont les enfants des classes les plus aisées. Offrir à tous un même chemin vers l’excellence devrait être notre préoccupation commune. Simplement, il faudrait pouvoir reconnaître la diversité des réussites, et, tout en offrant à tous les fondements essentiels d’une culture commune, guider ainsi chaque élève vers son accomplissement, avec la même exigence et la même bienveillance.

T.LM : Les hommes se transmettent une connaissance, un savoir technologique, mathématique, biologique etc. Ce savoir se transmet de génération en génération par les livres, les "traces" que laisse chaque génération. Il existe donc bien un cumul de la transmission des connaissances. En revanche, en ce qui concerne la morale et l’éducation, chaque nouvel être qui naît recommence à zéro. Depuis l’aube des temps on se demande toujours comment éduquer un enfant…L’homme a, dans son histoire, perfectionné son mode de vie technique, peut-il arriver à perfectionner son sens de l’humain ?
FX.B : Il est vrai que l’aventure humaine est un défi sans cesse renouvelé ; mais les générations, qui se succèdent dans cette aventure, tentent aussi de transmettre à ceux qui les suivent ce qu’ils en ont compris et retenu, et les meilleurs chemins pour la vivre à leur tour. Le résultat de cet effort accumulé à travers les siècles, de cette maturation qui se transmet dans le temps long, c’est probablement ce que l’on appelle une civilisation. Reconnaissons que nous ne sommes pas partis de rien pour tracer notre propre chemin ; et que, entre l’homme à l’état brut qui commencerait de zéro, et la civilisation qui nous a servi de point de départ, la succession des générations a fait venir jusqu’à nous un progrès, dont nous sommes les héritiers. Tellement héritiers, d’ailleurs, que nous avons oublié le bienfait qu’elle a constitué pour nous ; il est temps de le reconnaître pour le transmettre à notre tour, faute de quoi nous verrons combien il est tragique, en fait, de "recommencer à zéro". Quand une civilisation s’annule, la barbarie ne peut manquer de resurgir...

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