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08
nov

Yan Pei-Ming, le témoin politique

par Caroline Gaudriault

Ming en guerre Ming en guerre   © Gérard Rancinan

Après son interprétation de la Joconde au Louvre, le peintre dijonnais expose à Paris, sous son visage le plus politique.

« Help ! » est un appel au secours, sans possibilité de s’en sortir. C’est un enfant, pris par la violence des guerres, agenouillé, les mains tendues. « La représentation de l’enfant martyr est l’image la plus terrible qui soit », explique Yan Pei Ming qui choisit ce paroxysme de la victime pour représenter la guerre. Comme toujours, chez lui les idées ne sont pas frontales, mais en connexion les unes aux autres. Celle-ci
renvoie plus symboliquement à l’image de l’homme, victime de ses pulsions, de son impossibilité à faire la paix : « La guerre existe depuis que l’homme existe. Il est comme un animal qui défend son territoire et ses intérêts. D’ailleurs, s’il n’y avait pas de guerre, le mot paix n’existerait pas. »

Le ton est donné. C’est sous son visage le plus politique que Yan Pei Ming se montre à nous. « Je ne caresse pas le spectateur. J’aime donner quelque chose à dire, proposer une vision très personnelle. Je souhaite que le spectateur entre dans mon travail comme dans une réflexion. J’ai plein d’interrogations sur le monde, sur
moi-même, sur notre époque. » Et la scénographie est telle qu’elle prend le spectateur à témoin, le place au coeur de ce qui est en train de se jouer. Yan Pei Ming a imaginé le drame comme un film : « Je suis parti des faits, de la violence d’une scène. » Au centre du scénario artistique, le diptyque « Help ! » de l’enfant criant au secours, à côté d’une scène de guerre, fait converger vers lui toutes les autres oeuvres. Sur le mur mitoyen, comme une menace, un char braque son arme vers lui. Pris en tenailles, c’est de face que « d’autres oiseaux » attaquent, des mirages en pleine vitesse qui semblent se diriger sans retenue vers le visage enfantin de l’innocence. Ils répondent par leur mécanique bruyante aux vols des colombes qui accueillaient en premier lieu le spectateur, avant que celui-ci n’entre dans cette véritable salle des batailles. L’orchestration est surprenante. Et ne s’arrêta pas là. « J’aime donner des indications qui guide le spectateur mais je n’ai pas de vérité à dire, indique Ming qui fuit l’explication de texte. Je montre des étapes, je donne des clés. J’imagine tout ce qu’il y a autour d’une situation pour proposer la vision de quelque chose », sans que rien ne soit imposé, pourrait-on ajouter. Il nous met sur la brèche des choses.

Même dans ses portraits serrés d’Isabelle Huppert, représentée au sous-sol comme au travers d’un regard souterrain, il y a une brèche. « Elle participe, joue un rôle en tant qu’actrice », explique-t-il, à la fois pour montrer sa continuité dans les portraits iconiques, mais aussi satisfait de créer une curiosité sur la place de l’actrice dans ce scénario-là. Et son rôle, elle le tient, en symbolisant une beauté vacillante. Car l’icône vieillit. L’actrice est fragile. La femme qu’elle représente est impuissante face à tout cela. Que peut cette fragilité féminine dans le drame qui se joue ? Et l’orchestrateur, il le nomme. Il le fait même surplomber les autres scènes en lui donnant l’étage. C’est donc d’en haut que vient la tension, le troisième acte de sa « guerre et paix » : l’argent. Ses billets de dollar n’ont plus le visage de George Washington mais celui d’un crâne, le sien. « Je ne voulais pas me mettre hors de ce jeu, de cette exécution de la vie », confie Ming.

L’intelligence du propos, la pertinence de la mise en scène fait de cette exposition un chef-d’oeuvre à part entière. Thaddaeus Ropac avoue avoir jouer de patience pour obtenir de son nouvel artiste « une maturité qui fait de « Help ! » bien plus qu’une exposition ». Les deux hommes en parlent depuis plusieurs années, et c’est au bout de rencontres régulières et de longues discussions qu’ils ont bâti l’exposition. « Dans la mesure où l’exposition se créait pour la galerie, explique Thaddaeus Ropac, alors l’espace est devenu très important. Yan Pei Ming a réagi in situ. Chaque pièce est devenue la scène où se jouait un univers particulier. Dès le départ, il voulait revenir en France, après son exposition au Louvre, avec une intention très forte, avec cet engagement politique. Il y a, à la fois la force d’une vision artistique et la délicatesse d’une peinture qui n’est pas trop explicite, qui garde tout son mystère. » Le galeriste qui, au printemps dernier, a dû concéder un délai supplémentaire au peintre, encore en recherche, pour terminer son oeuvre, avoue « ne jamais avoir vu un artiste réfléchir autant, développer autant de précision pour mettre en place son exposition. D’ailleurs,
Yan Pei Ming se fait rare. Il ne montre jamais plus d’une grande exposition par an en galerie. Ces derniers temps, il s’est enfermé dans son atelier pour préciser son oeuvre, pour se rapprocher par le détail de ce qu’il voulait montrer. »
Au bout du processus, ce qui est donné à voir est véritablement l’aboutissement d’une pensée.

Caroline Gaudriault

« Help ! », Galerie Thaddaeus Ropac, 7, rue Debelleyme, Paris IIIe.
Du 21 octobre au 23 novembre 2013.

Retrouvez l’article de Caroline Gaudriault dans Paris Match cette semaine
   

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